Coups de coeur et Cie


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Liste des articles dans la catégorie Dimey en plein coeur….

40 ans…

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Quarante ans, quarante ans, mais c’est le bout du monde !
Je me suis dit cela, c’était à peine hier,
Et voilà qu’aujourd’hui c’est question de secondes…
Quarante ans, pas déjà… Sinon à quoi ça sert
D’avoir eu dix-huit ans, des cerises à l’oreille
Et des fleurs aux cheveux, d’avoir tout espéré ?
L’amour à lui tout seul était une merveille,
Et puis le temps passait, dont je n’ai rien gardé.

Quarante ans, quarante ans, c’est presque ridicule…
Je n’ai rien fait du tout, sinon quelques erreurs.
L’innocent que j’étais, je le vois qui recule.
Il peut bien s’en aller, je le connais par coeur,
Je le connais déjà depuis quarante années,
De face et de profil, en noir et en couleur,
Et ses anges gardiens, et ses âmes damnées,
Je sais ce qui l’enchante et qui lui fait peur…

Quarante ans, quarante ans, non ce n’est pas possible,
Pas aujourd’hui, demain, une semaine ou deux…
Hier on me traitait encore d’enfant terrible !
Comment aurais-je fait pour être déjà vieux ?
Quarante ans, oui, déjà… C’est beaucoup pour mon âge.
Pauvre petit jeune homme, on a des cheveux gris,
On est un peu morose, on va devenir sage,
On n’a pas fait grand chose et l’on n’a rien compris…

quarante ans passés, la jeunesse commence,
Je vais me répéter ces mots-là tous les jours,
Je vais déambuler en pleine adolescence,
Perdre mes illusions, réinventer l’amour…
Quarante ans, quarante ans, c’est l’âge du bonheur,
Pour l’homme que je suis, c’est l’âge des victoires,
Et j’ai tout ce qu’il faut pour faire un beau vainqueur,
Mais… déjà quarante ans, je n’ose pas y croire.

Bernard Dimey.

(27/10/2011)


Paris me manque…

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« Au pont de l’Alma » Robert Doisneau 1961

 

A Paris y a des ponts

Sous les ponts de Paris j’ai traîné la savate
A l’âge où je croyais qu’on pouvait y dormir,
Mais plus je vieillissais, plus j’avais froid aux pattes.
A quatr heur’s du matin, je préférais partir,
Alors je m’en allais, mais sans quitter la Seine,
En suivant le serpent qui glisse doucement
Sous les ponts de la ville d’Austerlitz à Grenelle ;
Mêm’ le Quai des Orfèvres est un endroit charmant.

Le Pont Neuf à l’époque où ses pierres étaient blanches
Remplaçait à la fois le Théâtre Français
Et le cirque d’hiver, on y faisait la manche,
On y rigolait ferme et les siècles passaient…
Moi j’ai réveillonné sous le pont Notre-Dame,
Y avait du hareng saur autant qu’on en voulait,
Le rouquin de Bercy et l’odeur de la came
Qui flottait tout partout, alors je m’en allais.

Les deux douzain’s de ponts de Paris ma grand ville
S’écrouleront peut-être un jour, on n’sait jamais,
La planète a parfois des tournants difficiles,
Ce sera pour nous tous comme si l’on rêvait,
Je viendrai à tâtons y fair’ des pél’rinages,
De somptueux fantômes viendront m’accompagner
Pour voir sur les cailloux pousser la fleur de l’âge,
L’âge d’or d’un Paris qu’on n’a pas su garder.

Tous les ponts connaissent notre histoire,
Une histoire d’amour qui n’a pas fait long feu.
C’était encore l’époque où j’aimais pour la gloire.
Je croyais qu’on pouvait refair’ le monde à deux.
J’en suis bien revenu, à présent l’eau de Seine
N’est plus qu’une eau qui va, qui vient, qui suit son cours
Et je me dis souvent, quand j’ai le cœur en peine :
Le seul pont de Paris, c’est le pont Caulaincourt…

Bernard Dimey

…Doisneau, Dimey, Deux géants qui ont su, eux aussi, enjamber la Seine pour nous ravir de leurs talents…

 

(31/03/2011)

 

 


Hommage…

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Les imbéciles

L’imbécile de bonne souche
Mesure six pieds de hauteur,
Il peut exprimer par la bouche
Le plaisir comme la douleur.
N’ayant ni plume ni pelage
Contre la froidure ou le vent,
Il couvre son corps de vêtements.
Selon de très anciens grimoires
La peste en a tué beaucoup,
Il se reproduit sans histoire
De la même façon que nous.

Il existe des imbéciles
De toutes sortes, évidement.
On en rencontre dans les villes,
A la campagne également.
Dieu vous préserve de sa rage
Si vous le blessez par hasard.
Il est terrible quand il charge,
N’attendez pas qu’il soit trop tard,
Car à l’encontre des panthères
Dont ils ont la férocité,
Les imbéciles sur la terre
Vont et viennent en liberté.

Les imbéciles ont des femmes
Et leurs femmes ont des amants,
Ce qui provoque bien des drames,
Comme chez l’homme exactement.
Il en est qui font des affaires
Et qui se déchirent entre eux,
D’autres qui rêvent, solitaires,
Ce sont les imbéciles heureux.
Que chacun de vous se rassure,
Car si ce monstre fut légion,
Je vous dois la vérité pure :
Il n’y en a plus dans la région.

Bernard Dimey (Je ne dirai pas tout, éd Christian Pirot)

(18/09/2010)


Avec Doisneau pour témoin

Dimey, Doisneau…ces deux là auraient dû conjuguer leurs talents

Merci à eux pour tant de délicatesse et de poésie…

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Je ne suis roi de rien, je règne sur le vent,
Sur des chemins perdus, sur des sables mouvants,
Sur d’anciens châteaux-forts et sur des cathédrales
englouties.

Je suis roi d’un soleil qui se meurt comme il peut,
J’ai l’air d’un vieux volcan refroidi peu à peu,
Je crois que ma parade à grands coups de cymbales
est finie.

Je ne suis roi de rien, ma couronne est en bois,
C’est scandaleux bien-sûr, c’est de mauvais aloi,
Je ne suis roi de rien mais je suis roi quand même
car je t’aime.

Alors le monde entier peut s’écrouler d’un coup,
J’ai le droit d’être pauvre et le droit d’être fou.
Je suis esclave et roi, je n’ai pas de problèmes
si tu m’aimes.

Je ne suis roi de rien que de mon avenir,
Qui n’est déjà plus rien qu’un désastre à venir,
Et l’intérieur de moi n’est plus qu’un paysage
en délire,

Je ne suis roi de rien, je suis comme un enfant
Qui reconstruit le monde en écoutant le vent.
Il ne me reste plus, je crois, que le courage
de te dire que je t’aime

Je ne suis roi de rien mais je suis roi quand même
si tu m’aimes
encore un peu …

Bernard Dimey (Roi de rien)

(19/06/2010)


Festival des mots et d’émotions…

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Photo d’un portrait du poète exposé lors du festival (Nogent le 10/05/2010)

 

Ce matin , devant le miroir, j’ai vu briller, encore dans mes yeux, quelques  étoiles qui s’étaient logées là au cours  du festival Bernard Dimey  . D’abord par l’ intimité recréée avec l’artiste grâce à la présence de sa fille et de sa petite fille qui toutes deux racontent et interprètent, avec émotion, les plus belles compositions du poète. Aussi par cette rencontre irréelle avec l’immense compositeur Francis Lai ( « Love Story », « Un homme, une femme »…) ami proche de Dimey qui a mis plus d’une centaine de ses chansons en musique.  Et puis ces musiciens époustouflants de talent et de sensibilité pour lesquels j’ai du mal à trouver des superlatifs suffisants. Ou encore ces textes forts de sentiments que l’on découvre ou redécouvre grâce à une voix singulière, une mélodie envoûtante ou une interprétation inédite. Et enfin ces organisateurs généreux et disponibles. Une grande réunion de famille en somme, en toute simplicité avec pour mots d’ordre poésie, amitié et partage…Merci pour ce prodigieux voyage.

Le dernier mot de ce post  revient, en toute légitimité, à l’artiste, deux écrits de Bernard Dimey qui traduisent mes humeurs du moment….deux des 7 péchés capitaux…. enfin …péchés, rien n’est moins sûr, je vous laisse seuls juges…

 

La gourmandise

Tout

Tout ce qui se boit, se déguste,

Se mange, se caresse,

 

La beauté même des fruits,

Des femmes, des pêches, des homards,

Et le parfum musical d’un Bourgogne épanoui

Qui fait d’une minute un univers

De joie,

 

Tout

Tout par quoi le palais se réveille,

Se réchauffe, palpite et se rendort.

 

Je visiterai des jardins

Aux odeurs de vanille

Où les lèvres des filles

Auront la fraîcheur des premières cerises.

 

Je veux que l’esturgeon laisse éclater

Les fruits de son ventre sur ma table

Et que j’y plonge un groin de sanglier content.

 

Tout

Le sexe ouvert des effarouchés du sérail

Et je suis Haroun Al Rachid

 

Mille et une nuits c’est bien peu

Pour assouvir ma faim, ma soif,

 

L’éblouissement de mes yeux,

L’ivresse, mon cher amour ,l’ivresse

Et le désir de mordre

A pleines dents

L’instant qui passe,

 

Les parfums, les saveurs,

La floraison de tout,

LA VIE.

 

La luxure

Vivre

Avec le parfum de ta peau

Tes cheveux sous mes doigts

La douceur de ton ventre

Et descendre

Et descendre

Et chercher le corail à l’intérieur de toi.

 

S’apprivoiser cruellement

D’un sexe et d’une bouche à l’autre

Jusqu’à l’épanouissement magique

Au centre de ta croix

D’anémones de mer.

 

Vivre

Avec au coeur des nuits

Cette rose effeuillée qui gémit

Qui se plaint

Qui rêve  qui délire

Qui mélange en un cri

Le paradis, l’Enfer,

L’éternité, l’instant,

Les couleurs jamais vues.

 

L’explosion, soudain, des artères et des veines,

Et le silence après

Qui pleure une chanson de source.

 

Vivre

Et que le poignard de ma joie

T’ouvre et te fende comme un fruit,

Comme une grenade éclatée.

 

Je t’aime, je t’aime, je t’aime

Et le péché n’existe pas.

 

Bernard Dimey « Le milieu de la nuit » éd. Christian Pirot

 

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(12/05/2010)

 

 

 


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